Protéger l'eau, c'est protéger les civils : le professeur Mark Zeitoun à la 63e session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies
Lors de la 63e session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, notre directeur général , le professeur Mark Zeitoun, a participé à une manifestation parallèle de haut niveau sur le thème « Les droits à l'eau et à l'assainissement en période de conflit armé », qui s'est tenue au Palais des Nations à Genève.
Organisée par le HCDH et co-parrainée par les missions permanentes de l’Espagne, de l’Allemagne, du Liban, de la Slovénie et du Bangladesh, ainsi que par le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme à l’eau potable et à l’assainissement, M. Pedro Arrojo-Agudo.
Aux côtés d'ambassadeurs et d'experts, dont le professeur Ludovic Hennebel (CESCR), la table ronde a été animée par Mme Marcella Favretto (HCDH).
Deux propositions du professeur Mark Zeitoun :
- Protéger l'eau, c'est protéger les civils. Il n'est pas nécessaire d'attaquer directement les civils pour leur causer d'énormes préjudices. Il suffit de frapper une station de pompage, de couper son alimentation électrique ou d'endommager une station d'épuration : les hôpitaux ne peuvent plus stériliser leur matériel, les réseaux d'assainissement s'effondrent, les maladies se propagent. Ce sont là des répercussions qui se font sentir bien au-delà de la zone d'impact, longtemps après que la poussière s'est dissipée.
- Plus on en sait, plus il est difficile de prétendre « qu’on ne savait pas ». La connaissance modifie la prévisibilité. En vertu des règles du droit international humanitaire relatives à la proportionnalité et aux précautions à prendre lors d’une attaque, les parties doivent tenir compte des dommages civils raisonnablement prévisibles, comme le prévoient les Principes de Genève relatifs à la protection des infrastructures hydrauliques. De l’Ukraine à Gaza, en passant par le Liban et les récentes attaques contre des infrastructures hydrauliques et de dessalement en Iran, les conséquences n’étaient pas seulement prévisibles : elles avaient été prévues.
Ce principe doit se traduire en pratique grâce à deux initiatives clés : l’ Alliance mondiale pour la protection de l’eau face aux conflits armés (GASWAC) – coprésidée par la Slovénie et la Suisse, avec le Geneva Water Hub comme secrétariat – et la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026 à Abu Dhabi, où les conflits armés ne doivent pas être considérés comme le problème de quelqu’un d’autre.
Intervention en séance plénière :
La Slovénie a souligné le lien entre l’eau et la paix ainsi que son rôle en tant que présidente du Groupe des amis de l’eau et de la paix.
La Moldavie a demandé des exemples illustrant le rôle positif joué par l’eau. Réponse du professeur Zeitoun : l’eau est un outil puissant au service de la paix et de la médiation. Les réseaux traversent souvent les lignes de conflit, et la coopération technique peut ouvrir la voie à un dialogue diplomatique plus large, comme on l’a vu en Syrie.
Pour conclure,l’Allemagne a rendu hommage au Rapporteur spécial Pedro Arrojo-Agudo à l’occasion de sa dernière session au CDH et a réaffirmé que l’eau ne devait jamais être utilisée comme une arme contre les civils.
Quand on sait ce qui arrive aux civils lorsque l'eau vient à manquer, « on ne savait pas » n'est plus une excuse valable.